iPad applications & App store, Apple pourrait censurer la presse numérique
Article publié le Vendredi 26 février 2010 à 12:16
Les éditeurs soucieux de leur indépendance éditoriale devraient peut être se méfier d’Apple avant de vénérer l’iPad comme la nouvelle plateforme pour les magazines et journaux numériques.
La controverse surgit la semaine dernière autour de la censure des applications sexy sur le App store a pu sembler triviale mais les implications du pouvoir arbitraire d’Apple sur ces questions devraient inquiéter les membres de la presse et ceux qui comptent sur des informations libres.
Apple a retiré la semaine dernière de son App Store des milliers d’applications dont le contenu était ouvertement sexuel et qui avaient pourtant été approuvées auparavant, en raison de plaintes répétées des clients et parents. Il reste néanmoins des applications au contenu sexy (similaire à celles ayant été bannies) émanant d’éditeurs majeurs comme Sports Illustrated ou Playboy.
Si a priori les éditeurs sont mieux protégés contre la censure d’Apple, la sévérité de la censure rétroactive des applications devrait inquiéter les garants de la liberté d’expression.
D’un point de vue légal, Apple est totalement libre de choisir le contenu disponible sur son App store. Apple étant un groupe privé, il n’est pas tenu de respecter le 1er amendement (relatif à la liberté religieuse, la liberté d’expression et la liberté de la presse). A cet égard, d’aucuns ont comparé la censure récente des applications sexy sur le App store à celle pratiquée chez Wal Mart (une sorte de Carrefour) sur le porno.
Mais la pénurie de jolies femmes en bikini sur le App Store n’est pas la question. Le problème est qu’Apple a trop de puissance et d’impact sur le marché et que les éditeurs de journaux et magazines sont poussés à développer des applications pour le iPad qui seront uniquement disponibles sur le très contrôlé App Store. Le Apple iPad pourrait jouer un rôle majeur dans le futur de l’édition compte tenu des accords déjà existants avec les éditeurs majeurs (livres, quotidiens et magazines dont Wired) pour vendre au travers du iBooks store et du App store.
Mais que se passera-t-il lorsqu’un-e journaliste écrira un article controversé sur les moeurs sexuelles des ados ou l’avortement ? Est-ce que les lecteurs mécontents ne prendront plus le temps de se plaindre auprès de l’éditeur et demanderont directement à Apple de retirer ledit article ? Et dans l’affirmative, Apple s’y pliera-t-il au nom du politiquement correct et du marché ?
Cela peut paraître exagéré mais illustre parfaitement les dangers pour la presse magazine et quotidienne de se soumettre à un seul point de contrôle dans un environnement où la censure peut se faire très capricieuse.
Il semble particulièrement incohérent qu’Apple ait signé des contrats avec des éditeurs de livres, des musiciens et des studios de cinéma pour vendre leurs contenus sur iTunes (contrats qui autorisent la vente de produits pour adultes dès lors que cela est explicite) pendant que les magazines et quotidiens sont laissés à la merci de la censure prude d’Apple et des vérificateurs de son App Store.
Croisons les doigts pour qu’Apple créé une section séparée de iTunes pour les journaux et magazines numériques destinée à offrir une plateforme aux éditeurs pour diffuser leur contenu librement, qui interdirait par des contrats stricts la possibilité pour Apple de retirer arbitrairement des contenus controversés.
Les éditeurs feraient mieux d’attendre la sortie d’une telle plateforme et des garanties y afférentes plutôt que de préparer des applications pour le iPad qui seront soumises à la censure discrétionnaire du procédé d’approbation d’Apple.
D’autres solutions existent cependant pour garantir la liberté de la presse numérique. Peter Scheer, le directeur de la Coalition pour le 1er amendement, expliquait qu’il comprenait la volonté d’Apple de conserver son App Store immaculé, mais que la censure et le développement d’une alternative ouverte comme la plateforme Google Android (dont les applications ne sont pas soumises à approbation) risque de chasser les consommateurs fidèles.
Et Scheer d’expliquer encore qu’Apple met tout en oeuvre pour conserver ses clients dans son environnement propre ce qui risque à terme d’aigrir beaucoup de personnes qui ne comprendraient pas, à juste titre, pourquoi on leur refuserait l’accès à des applications qu’elles désirent sur un appareil qu’elles possèdent.
Mr Scheer propose alors de permettre aux utilisateurs d’applications iPhone et iPad de sortir de l’environnement Apple en ayant la possibilité de télécharger les applications non disponibles sur le App Store soit sur magasin alternatif non contrôlé par Apple soit sur des sites dédiés à chaque application.
Mr Nilay Patel, un confrère blogueur chez Engadget et ancien avocat, a proposé la même solution nommée sideloading (télécharger à côté). Patel a mentionné cette opinion lorsque Apple a été confronté à un audit de la FCC pour avoir retirer du App Store l’application Google Voice.
Patel ajoutait : Apple est le seul point de contrôle de l’écosystème iPhone (et bientôt iPad) et cela n’est ni assez rapide ni assez flexible pour supporter le rythme effréné d’innovations sur la plateforme. Qu’on le veuille ou non, ce qui est développé pour le iPhone et le iPad dirige et motive l’industrie tout entière et Apple devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir cela. Si cela signifie relâcher un peu de contrôle sur la plateforme, alors qu’il en soit ainsi. Surtout dès lors que le simple fait d’autoriser le sideloading ferait disparaître de fait presque tous ces problèmes.
Evidemment, donner aux consommateurs la possibilité d’outrepasser le App Store soulèverait quelques questions, certes parfaitement résolvables, telles que : les développeurs peuvent-ils faire payer des applications qui ne sont pas sur le App Store ? ou que faire des applications qui violent les conditions générales d’utilisation de AT&T ?
Ce qui est sûr c’est qu’avec l‘iPad qui prend de plus en plus d’ampleur et le iPhone dont la popularité ne cesse de croître, Apple doit opérer de profonds changements dans sa manière de gérer les applications et le App Store. Pour l’instant, le iPad et le App Store ne sont pas l’environnement idéal pour la renaissance des journaux et magazines numériques.
Source : Brian X Chen et Jon Snyder (photo) pour Wired
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